
De Fegmimbang aux grandes institutions du savoir
Il existe des parcours que l’on ne peut réduire à une succession de titres et de fonctions. Celui du Professeur Jean Tabi Manga est de ceux-là. Né à Fegmimbang I, dans l’arrondissement d’Akono, en 1949, il a consacré une grande partie de sa vie à l’enseignement, à la recherche, aux langues et à la construction de la pensée universitaire au Cameroun.
À travers son parcours, c’est aussi une certaine idée du savoir qui se dessine : celle d’un intellectuel pour qui l’université ne devait pas seulement transmettre des connaissances, mais également produire une réflexion sur la société, ses langues, sa culture et son avenir.
Un fils de Fegmimbang devenu universitaire
Jean Tabi Manga naît le 13 janvier 1949 à Fegmimbang I. Son parcours le conduit progressivement vers les études supérieures et la linguistique.
En 1974, il obtient une maîtrise de linguistique française. Trois ans plus tard, il décroche un doctorat de troisième cycle en linguistique française. Il poursuit ensuite ses recherches en France et soutient en 1986, à l'Université Paris-Sorbonne Paris IV, un doctorat d'État ès lettres consacré à une étude comparée du système verbo-temporel du français et de l'éwondo, avec la mention très honorable.
Ce détail est loin d'être anodin.
Le choix de travailler sur le français et l'éwondo traduit déjà une préoccupation qui traversera son œuvre : comprendre les langues africaines, leur fonctionnement et leur place dans un environnement marqué par le plurilinguisme.
La langue au cœur de sa pensée
Avant d'être administrateur universitaire, Jean Tabi Manga est d'abord un linguiste.
Son ouvrage De la grammaire de l'éwondo à une théorie du mot, publié chez Didier Érudition en 1992, témoigne de cette orientation scientifique. L'ouvrage, qui compte plus de deux cents pages, s'inscrit dans une réflexion linguistique consacrée au domaine bantu.
Quelques années plus tard, il publie Les politiques linguistiques du Cameroun : essai d'aménagement linguistique. Paru chez Karthala en 2000, l'ouvrage compte 237 pages et s'intéresse notamment à la politique, à la planification et à l'aménagement linguistiques du Cameroun.
Cette œuvre permet de mieux comprendre la singularité du Professeur Tabi Manga : il ne s'est pas contenté d'étudier les langues comme des objets académiques. Il s'est également intéressé à leur place dans la construction de l'État, de l'identité et de l'unité nationale.
De l'enseignant au dirigeant universitaire
Sa carrière universitaire prend progressivement une dimension institutionnelle.
Chargé de cours et adjoint au chef du département de français à l'Université de Yaoundé, il devient maître de conférences en 1988. En 1990, il est nommé directeur de l'École normale supérieure de Yaoundé, institution centrale dans la formation des enseignants camerounais.
Son parcours dépasse ensuite le cadre strictement national.
Entre 1993 et 1998, il occupe les fonctions de directeur général de l'Éducation et de la Formation à l'Agence internationale de la Francophonie. Cette expérience l'amène à travailler sur des questions d'éducation et de coopération dans l'espace francophone.
En 1998, il revient à l'Université de Yaoundé comme vice-recteur chargé de la recherche et de la coopération. L'année suivante, il devient professeur titulaire de linguistique.
Puis vient l'une des étapes les plus importantes de sa carrière.
En 2000, Jean Tabi Manga est nommé recteur de l'Université de Yaoundé-I. Il exerce cette fonction jusqu'en 2003, avant de prendre la direction de l'Université de Yaoundé-II. Les archives historiques de l'Université de Yaoundé-I confirment son mandat de recteur de 2000 à 2003.
Il dirigera ainsi successivement deux grandes institutions universitaires camerounaises.
Un intellectuel au-delà des fonctions
Il serait pourtant réducteur de retenir de Jean Tabi Manga uniquement ses fonctions administratives.
Ses publications montrent un intellectuel préoccupé par des questions beaucoup plus larges : les langues, la Francophonie, l'éducation, la culture et l'avenir de l'Afrique.
En 1989 paraît Francophonie et codéveloppement. En 2010, il publie Francophonie : lieu de mémoire, projet d'espoir. Il est également l'auteur de L'esprit de Tombouctou : vers une université de troisième génération, une réflexion directement consacrée à l'évolution du modèle universitaire.
Son parcours intellectuel ne s'arrête donc pas aux amphithéâtres : il interroge également la place de l'université dans la société et la manière dont le savoir peut participer au développement.
Une reconnaissance au-delà du Cameroun
La dimension de son parcours est également reconnue hors du pays.
Le 18 novembre 2011, Jean Tabi Manga est élu membre correspondant de la première section de l'Académie des sciences d'outre-mer. L'institution le présente comme recteur honoraire des universités de Yaoundé-I et Yaoundé-II et comme maître de conférences en linguistique. Elle recense parmi ses domaines de travail la linguistique, l'enseignement, la Francophonie, les langues étrangères et la poésie.
Cette reconnaissance vient consacrer une carrière construite à la croisée de la recherche, de l'enseignement supérieur et de la coopération intellectuelle.
Que reste-t-il de Jean Tabi Manga ?
C'est probablement la question la plus importante pour une publication consacrée à la mémoire d'Akono.
Une personnalité historique ne se définit pas seulement par les postes qu'elle a occupés. Les fonctions passent. Les institutions évoluent. Les générations se succèdent.
L'œuvre intellectuelle, elle, peut continuer à parler.
À travers ses travaux sur l'éwondo, les politiques linguistiques camerounaises, la Francophonie et l'université, Jean Tabi Manga a laissé une production qui dépasse le cadre de son parcours administratif.
Pour Akono, son histoire possède une dimension particulière : celle d'un enfant du terroir devenu universitaire, chercheur, professeur et dirigeant de grandes institutions d'enseignement supérieur.
Fegmimbang n'est donc pas simplement le lieu de naissance d'un ancien recteur. C'est le point de départ d'une trajectoire intellectuelle qui s'est déployée bien au-delà des frontières de l'arrondissement.
Une mémoire à transmettre
Aujourd'hui, le Professeur Jean Tabi Manga appartient à une génération d'universitaires qui a contribué à structurer l'enseignement supérieur camerounais après les premières décennies de l'indépendance.
Son parcours mérite d'être raconté non pas pour glorifier un homme, mais pour rappeler aux jeunes générations d'Akono qu'un territoire se construit aussi par les femmes et les hommes qu'il forme.
L'histoire de Jean Tabi Manga est ainsi celle d'un universitaire, d'un linguiste et d'un homme de savoir.
Mais elle est aussi, à sa manière, une page de l'histoire intellectuelle d'Akono.
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